J'ai un peu de mal avec les gens de ma classe. C'est rien de le dire, je ne fais absolument rien pour m'intégrer, faire connaissance avec les autres et aller au-delà des "bonjour", "on reprend à quelle heure ?", "le prof est pas là". Ca ne m'intéresse pas, ces gens ne m'intéressent pas.
Il y a un anglais qui a l'air aussi impliqué que moi pour se faire des amis, il était assis derrière moi aux écrits du Capes l'année dernière (mais lui, il l'a eu son Capes), il a une tête vaguement geek/ premier de la classe/ intello sur les bords mais pas complètement non plus puisque son piercing à l'arcade et l'autre sur le haut l'oreille ne collent pas exactement avec l'image globale d'un geek intello introverti. Mais d'un autre côté il est tout le temps habillé pareil et la doublure déchirée de son manteau prouve qu'il n'a que faire de son apparence extérieure. Il n'y a que ses piercings qui me laissent perplexe.
Il y a trois filles qui repassent l'Agreg pour la deuxième fois et qui sont ultra motivées au point de passer les pauses dej à la bibliothèque au lieu de manger comme des êtres humains normaux. Mais c'est compréhensible (mais hardcore). Si j'étais moi-même ultra motivée comme je l'étais en juin, je dirais que ces filles pourraient potentiellement être mes copines parce qu'elles ont l'air cool malgré la quantité de travail qu'elles déploient.
Il y a trois autre filles qui ont fraîchement eu leur Capes en juillet, trois filles du master enseignement, on sait tous ce que je pense des filles du master enseignement.
Mais j'ai dépassé mes préjugés et un jour j'ai même mangé avec elles. Mais arf... Je sens qu'elles sentent que ça ne passera pas, surtout une (celle qui a des cheveux parfaits, quelle garce) qui m'a plus ou moins snobée quand j'ai demandé un renseignement en phonétique. Elle doit secrètement espérer que j'abandonne en route parce que je suis certainement la moins passionnée par les cours de littérature et j'ai investi le dernier rang à côté du radiateur. Elle pense également que la lectrice américaine trop choupi avec qui j'ai parlé hipsters, est inutile. Je lui souhaite donc d'avoir des pellicules et des pointes fourchues en 2013.
Et puis il y a le reste. Il y a cette fille qui, au premier abord, avait l'air cool et abordable et n'appartenait à aucun groupe défini, mais qui s'est vite installée définitivement au premier rang, qui ne dit pas qu'elle va s'acheter un sandwich à la cafétéria mais un "pique-nique" (je vois ça comme une tentative de mettre un peu de poésie dans le jambon fromage dégueu) et qui est devenue super copine avec "la vieille". Il y a une une "vieille". Elle est prof en lycée, elle était la prof d'anglais d'une copine, et elle a décidé de passer l'Agreg pour des raisons qui m'ont un peu échappé quand elle a commencé à raconter sa vie un jeudi soir entre deux bières. Le reste du monde a rapidement convenu qu'elle cherchait à passer le concours pour finir sa carrière sur un instant de gloire et une augmentation de salaire. Oui parce qu'on a tous pensé qu'elle était sur la fin, vers les 55-60 ans bien tassés, aux vues de ses cheveux gris et de ses vêtements à filer une attaque à Cristina Cordula. Mais en fait non puisqu'elle n'a que 48 ans. Bien bien bien...
Je n'ai rien contre elle en particulier, ou plutôt tellement de petits trucs que je préfère faire comme si elle n'existait pas. Elle a constamment un sourire figé sur le visage vaguement angoissant, elle chuchote tout le temps, même dans les couloirs de la fac quand l'intégralité des étudiants sort de cours en même temps, mais elle éclate de rire beaucoup trop fort dès qu'un prof fait une blague en cours. Elle tente toujours de s'incruster dans les conversations avec une remarque un peu à côté et elle est bizarrement stressée dès qu'elle doit prendre la parole en public alors qu'elle est prof depuis 20 ans facile. A sa décharge, revenir à la fac au milieu d'une dizaine de personnes d'environ 25 ans ne doit pas être simple. Mais son excès de zèle me bloque totalement. Je n'arrive pas à aller vers elle, et de toute façon je ne pourrais pas vraiment être amie avec une femme qui a l'âge de ma mère (enfin, en l’occurrence elle a 12 ans de moins que ma mère mais on dirait l'inverse, mandieu).
Et puis il y a le Roumain, mais bon, j'ai plus rien à dire sur lui. On ne se fait même plus la bise pour se dire bonjour, je quitte le dernier cours de la journée comme une voleuse et il me file un trop plein de second hand embarassment tellement il est à côté de la plaque en cours. Il n'a jamais fait de grammaire, de phonétique ou même de littérature je crois bien. Je ne sais pas ce qu'il fait là. J'ai envie qu'il s'en aille faire autre chose ailleurs, loin.
J'ai l'impression de tirer la gueule toute la journée depuis un moment. Je suis la seule à sortir prendre l'air à la pause de 10h, je suis certainement la seule à encore sortir le jeudi soir après 21h. Pour l'instant je n'aime pas beaucoup cette année 2012/2013.
Heureusement qu'il y a la team des tuteurs, sans eux ma vie sociale serait réduite à néant. Je vais sans doute faire quelques efforts auprès de Garçon Tuteur pour ne pas être totalement blacklistée (rire plus à ses blagues un peu nulles, ça ne fait de mal à personne :)





