J'ai stressé. A mort. A 11h30 j'avais totalement décroché du cours de litté. A 11h45 je triturais frénétiquement mon stylo. A 11h55 j'étais au bord de l'implosion. A midi je suis sortie, je suis tombée sur Miss Grosnichons qui était aussi de retour parce que c'est les vacances scolaires en Albion et la grande migration des assistants de français, on a poliment parlé, je ne lui ai pas dit que son mémoire était nul, elle fait son M2 sur la Brit Pop, parce que c'est une encyclopédie musicale qui a découvert Oasis en 2007 (true story) et le
NME en 2010 grâce à moi.
ENCYCLOPEDIE !
A 12h03 je fonçais aux toilettes vérifier que j'avais une tête présentable puis je suis allée vers la BU avec le Roumain.
Et puis, personne. La pression est retombée d'un coup, on a attendu deux minutes et l'appel du ventre étant plus fort, on est allé manger.
A 13h, toujours rien. Le Roumain émettait l'hypothèse qu'il avait loupé son train, qu'il avait eu la flemme de venir, moi je me disais que c'était la deuxième fois qu'il me plantait, que j'aurais dû m'y attendre et qu’étonnamment, je n'étais pas furieuse.
Limite soulagée, c'est bon, pas de awkward silence dans la conversation, par de liquéfaction intérieure, tout est normal.
A 13h45 je me préparais pour mon rendez-vous avec un ponte québécois de la sociologie qui fait une série de conférence à la fac depuis une semaine. Pause facebook, message de Blond, on peut se voir à 14h.
Le boulet galactique était de retour, j'avais mon rendez-vous à 14h pile. Whatever, la réussite de mon mémoire passe mille fois devant Blond pas capable de se tenir à son planning.
A 15h20, je sortais de mon rendez-vous, joie, bonheur, mon sujet de mémoire est "à la pointe". Le Québec, les Québécois, l'accent et Céline Dion, je vous aime tellement. Même si j'ai eu 5 minutes de décrochage, à me demander si j'allais vraiment voir Blond finalement, et je me suis ressaisie, focus focus, j'ai un mec super intelligent qui me dit que j'ai de bonnes idées.
A 15h30 je me suis dirigée automatiquement vers la BU, vers the place où j'ai passé des après-midis à espérer croiser Blond, à élaborer des stratégies militaires pour m'asseoir à côté de lui, à live twitter mon désespoir.
Il était là, à discuter avec le Roumain, flash back janvier-mai 2011.
Heureusement j'étais toutes ragaillardie par mon succès québécois, j'ai dit bonjour, et j'ai entrainé tout ce petit monde dans ma quête pour récupérer les photocopies de mon cours de L1. J'ai fait la fille vachement occupée de la vie qui avait tout de même trouvé deux minutes de pause dans son emploi du temps de ministre.
On a fini par se poser, boire un (deuxième) café (de la journée) et fumer la dernière cigarette de mon paquet.
Rien n'a changé, pas sa barbe de trois jours, pas ses cheveux légèrement en vrac, pas son blouson, ni son pull, ni son tshirt. Il met désormais des chaussures pointues d'agent immobilier avec un pantalon de costume mal coupé, ce qui lui donne un air globalement ridicule. Mais comme dit ma mère qui n'approuve ni mes shorts ni mes jupes, il faut savoir être présentable quand on donne des cours.
Il ne parle toujours pas de sa copine, il change toujours de sujet très rapidement quand on s'en approche trop ("et alors tu vas souvent à Londres ?" "Ouais. Et sinon toi les cours de M2 ?" .......), tout est pareil.
Sauf que je ne me suis pas liquéfiée de l'intérieur, pas comme la fois où je l'ai vu revenir des vacances de Pâques bronzé par deux semaines de surf, pas comme lorsque je passais tous les jours devant chez lui en espérant le croiser "par hasard", pas comme lorsque je le cherchais à la BU.
Je suis restée très normale, j'étais presque contente de le revoir (mais aussi contente qu'il reparte), 25 minutes à discuter sans le maudire à la fin, sans souhaiter sa mort et sans me sentir comme une merde dès son départ.
J'ai jeté mon dernier paquet de cigarettes à la poubelle et je suis allée à la bibliothèque d'anglais pour travailler. Aka rigoler pendant une heure avec Tuteur Garçon (qui a une pote blogueuse mode, gloire !) et sa pote trocoule qui lit Virgo et qui déteste Miss Grosnichons. Je n'ai pas ruminé, je n'ai pas eu le temps, je n'y ai pas pensé, j'ai de nouveaux amis et je ne vais plus à la BU, dans cet endroit maudit où j'ai globalement perdu mon temps avec Blond.
C'était bien, j'ai flippé ma maman comme lorsque j'ai revu BFF en avril dernier et qu'en fait tout s'est bien passé, passons à autre chose, aux vrais gens de la vraie vie, vraiment là.